Le sens de la Gestion Mentale

Qu’y a-t-il sous l’expression « gestion mentale » ?

 

Antoine de la Garanderie n’est pas l’auteur de l’appellation « gestion mentale ». Elle est née dans les péripéties d’une expérimentation conduite par une équipe d’enseignants (dans les années 1980-1985) sur les procédures mentales utilisées par les élèves dans leurs apprentissages scolaires, sans qu’on sache vraiment qui fut son géniteur.

Mais ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que cette expression est sans doute mal choisie car elle donne lieu à des interprétations de sens qui la détournent de sa vocation et de son éthique.

Une des premières interprétations possibles entraînant un contresens est liée au lien qui s’opère automatiquement chez certaines personnes entre « gestion mentale » et « maladie mentale ».

Citons à cet effet deux exemples vécus : Je suivais une formation à la gestion mentale dans un lieu où toutes sortes de formations se tenaient. Lors d’une pause, devant la machine à café, il y avait une stagiaire. Nous avons engagé tout de suite la  conversation sur notre présence en ces lieux. Elle m’apprit qu’elle suivait une formation très intéressante en « gestion commerciale » et moi,  tout naturellement, je lui répondis que je suivais également une formation très intéressante en « gestion mentale ». Mon interlocutrice m’a regardée avec insistance et s’est écriée « Ah bon je vous trouvais normale » !!

Et elle est partie… sans que j’aie eu le temps de lui expliquer que la gestion mentale est justement la discipline qui permet à chacun d’entre nous d’être, pour reprendre ses termes, « normal », en ce sens où la normalité permet  l’adaptation au monde dans lequel nous vivons tout en sauvegardant notre liberté.

Me voici maintenant dans une banque pour ouvrir un compte pour le CRGM. Un conseiller charmant m’accueille et bien sûr se renseigne sur le titre de notre association. En entendant le mot « gestion mentale », il me demande si travailler avec des personnes qui ont des problèmes mentaux, ce n’est pas trop dur ? Il me parle d’une émission qu’il a vu sur France 2 quelques jours auparavant qui décrivait l’univers des malades soignés en psychiatrie pour troubles mentaux graves. Il me dit que c’est difficile pour les familles et qu’elles ont besoin de soutien et qu’une association comme la notre sera sûrement très utile.

Et enfin quand je peux parler, je lui dis que la gestion mentale s’intéresse au mental non pas pour en étudier les pathologies mais pour en comprendre le fonctionnement de réussite.

Une autre interprétation effleurant quelquefois les consciences est liée au terme « mental » qui renvoie à « esprit » et qui par extension suggère l’idée de « spiritisme », avec tous les dangers d’une secte. Citons à ce propos cet exemple, vécu il y a quelques années, dans une Université inter âge où je donnais des formations à la gestion mentale par cycle de dix séances.

Une personne âgée, ayant suivi un cours sur la «  mémoire »  avec moi, s’etait spontanément inscrite au cycle « gestion mentale ». La première séance  l’ayant littéralement enthousiasmée, elle était  impatiente de raconter à ses enfants l’objet de sa découverte  et leur téléphona le soir même pour leur en faire part. Et là, affolement des enfants qui mirent leur mère en garde contre le développement de certaines sectes qui, sous des appellations pompeuses telles que « gestion mentale », cachent une réalité destinée à endoctriner des âmes en perdition. Et c’est avec une grande émotion qu’elle me demanda, à la séance suivante, comment elle pouvait faire comprendre à ses enfants que loin de se sentir endoctrinée, elle découvrait à 80 ans « le  plaisir d’apprendre et le bonheur d’être » ?

Dans le domaine de la pédagogie, le problème du contresens est lié cette fois au terme « gestion » qui renvoie à l’idée d’une méthode qui « marque le triomphe de la technique » avec le risque constant de voir se développer un marché commercial et éducatif faisant de la gestion mentale une « pédagogie de l’outil *» dans laquelle ne compte que la mise au point d’un remède au détriment de la méditation sur la nature de l’homme.

Lors des formations que je fais auprès des éducateurs, enseignants, formateurs, j’appréhende toujours le moment où  l’un des participants me dit  qu’il est venu pour avoir des outils, des recettes lui permettant d’aider ses élèves à se concentrer, à être motivé, à apprendre, à réfléchir… Ne pouvant céder à son « désir instrumental », je dois l’amener à comprendre que les outils qu’il réclame  sont à chercher dans l’intériorité de l’être humain et que son rôle est juste de permettre à son élève de s’en emparer.

Nous voici parvenu au sens de l’expression « gestion mentale » telle qu’elle doit être comprise. « Gestion » vient de « geste ». Un geste est un mouvement structuré que l’on peut décrire. Quand quelqu’un réussit, c’est qu’il fait quelque chose (un geste) à l’intérieur de lui même (le mental) qui explique cette réussite.

La gestion mentale décrit donc des gestes mentaux (attention, mémorisation, compréhension, réflexion, imagination créatrice) et ouvre « le sujet à ce qui est l’essence même de sa conscience, à savoir son pouvoir donateur de sens ».

Elle cherche à comprendre des vécus de conscience en vue d’appréhender les lois de la connaissance qui régissent tout être humain et à en montrer la diversité (notion de profils d’apprentissage).


Catherine Maillard, Docteur en Psychologie  Expérimentale, Formatrice en Gestion  Mentale.

 

*Phénoménologie et méthode pédagogique, Thierry Artur in : Revue n°3, Gestion mentale, Bayard Editions, 1992, p. 53.

 

Le Centre de Recherche en Gestion Mentale est une association loi 1901 dont le but est de promouvoir les travaux d’Antoine de la Garanderie et de prolonger ses recherches.